Dimanche 4 janvier, le PSG entame son année 2009 par un affrontement contre Montluçon, équipe du championnat amateur, dans le cadre de la coupe de France. À peine le tirage au sort effectué, divers articles ont fleuri pour évoquer cette future rencontre et pour nous remémorer un curieux précédent. En 1997, le PSG s’est fait éliminer aux tirs aux buts par les amateurs de Clermont, après avoir mené 4 buts à 1 dans le temps réglementaire. L’exploit était de taille et l’humiliation grande pour les Parisiens de l’époque. Mais c’était il y a près de douze ans. Et si aujourd’hui, évoquer ce match semble relativement légitime puisque le match se déroulera en terre clermontoise, et que l’entraîneur de Montluçon était sur le terrain lors de ce match historique, nous pouvons tout de même nous étonner que, lorsque le PSG tombe sur une petite équipe en coupe de France, ce match soit systématiquement évoqué. Il est ainsi fréquent de lire que le PSG devrait se méfier du petit d’en face au nom de cet antécédent et que, en toute logique, le petit poucet peut espérer l’emporter face à cette équipe parisienne habituée à perdre contre des clubs amateurs.
Depuis 97, le PSG n’a jamais perdu contre un petit poucet
Perplexe devant ce fait relaté avec tant d’insistance, et qui de plus commence à dater sérieusement, PSGMAG.NET s’est posé la question de savoir d’une part si le PSG est statistiquement à ce point en difficulté en coupe de France, et d’autre part si cette difficulté est vraiment une spécificité parisienne. Pour commencer, nous avons donc étudié les résultats du Paris SG en coupe de France depuis Clermont-PSG, soit sur les onze dernières saisons (à partir de 1997/1998). Et il s’avère que d’emblée, nous pouvons tordre le coup à l’idée que suppose l’évocation redondante du fameux match contre Clermont : depuis cet accroc, le PSG ne s’est jamais incliné contre un club de division inférieure en coupe de France — pas même contre une équipe de L2. Pire encore, parmi tous les clubs ayant évolué plus de quatre saisons en première division au cours de cette période, le PSG est le seul à avoir accompli cet exploit [1]. Et ceci reste vrai si on se limite aux éliminations par des clubs amateurs [2].
En réalité, non seulement le club de la capitale n’est pas le club habitué aux éliminations honteuses fréquemment décrit, mais en plus le PSG est bel et bien une exception dans le paysage français, voire un exemple de professionnalisme : à 19 reprises durant cette période [3], le PSG a affronté des clubs amateurs. Il a manifestement toujours abordé la rencontre comme il le fallait, en respectant son adversaire et sans paniquer. De ce fait, parler de l’antécédent Clermont pour inviter les Parisiens à être craintifs devient presque malhonnête. D’autant que d’autres clubs, très prestigieux, ont été victimes de défaites bien plus traumatisantes, et bien plus récentes. Et pourtant, lors des tirages au sort, c’est toujours l’exemple de Clermont qui est rappelé, alors que le nombre d’éliminations honteuses de clubs de L1 est édifiant depuis ce fameux match.
… contrairement à tous les autres clubs de L1
Les équipes de L1 tombent régulièrement contre des CFA
Le champion de la catégorie s’appelle Bordeaux avec 3 éliminations par des clubs de CFA en 11 participations. Mais les autres équipes de l’élite ne sont pas exemptes de reproches non plus : Auxerre s’est fait éliminer par Saint-Priest (CFA) et Brive (CFA), Marseille par Carquefou (CFA 2), Monaco par Colmar (CFA 2), Lyon par Libourne-Saint-Seurin (CFA), Nantes par Boulogne (CFA), Lens par Montceau-les-Mines (CFA), etc. Alors que le match Clermont-Paris est inlassablement ressassé, ces autres déconvenues semblent déjà oubliées. Il faut donc le dire une fois pour toutes : le PSG est historiquement un des clubs les moins menacés face à des petits poucets. En se basant sur les statistiques depuis la montée du PSG en D1 il y a 35 ans, le club de la capitale ne s’est fait éliminer que 6 fois par un club de division inférieure en 67 rencontres : 5 fois par des clubs de D2 — 5 fois avant 1990 —, la sixième étant donc Clermont… Preuve que ce match constitue bel et bien une exception. En synthèse, le bilan du PSG peut s’établir ainsi :
91 % de qualifications contre des clubs de division inférieure, sur 67 matches ;
1 seule élimination par un club de division inférieure depuis 1990 (Clermont) ;
1 seule élimination par un club séparé de plus d’une division (Clermont).
La liste des éliminations de clubs de L1 par des clubs de division inférieure alors qu’ils évoluaient en L1 étant particulièrement longue, nous avons restreint le récapitulatif ci-dessous aux éliminations de clubs de L1 par des équipes d’amateurs évoluant au maximum en CFA depuis 1997/1998 :
Bordeaux (3) : Calais (CFA) en 1999/2000, Aviron Bayonnais (CFA) en 2003/2004, Montceau-les-Mines (CFA) en 2006/2007.
Strasbourg (3) : Calais (CFA) en 1999/2000, Bourg-Péronnas (CFA) en 2002/2003, Lyon-Duchère (CFA) en 2005/2006.
Troyes (2) : Schiltigheim (CFA 2) en 2002/2003, Calais (CFA) en 2005/2006.
Auxerre (2) : Saint-Priest (CFA) en 2001/2002, Brive (CFA) en 2003/2004.
Toulouse (2) : Jura Sud (CFA 2) en 1998/1999, Lyon-Duchère (CFA) en 2005/2006.
Metz (2) : Bourg-Péronnas (CFA) en 1997/1998, Libourne-Saint-Seurin (CFA) en 2001/2002.
Bastia (2) : Dijon (CFA) en 1998/1999, Saint-Quentin (CFA) en 1999/2000.
Marseille (1) : Carquefou (CFA 2) en 2007/2008.
Nancy (1) : Carquefou (CFA 2) en 2007/2008.
Monaco (1) : Colmar (CFA 2) en 2005/2006.
Sochaux (1) : Saint-Georges-les-Ancizes (CFA 2) en 1998/1999.
Lens (1) : Montceau-les-Mines (CFA) en 2006/2007.
Lorient (1) : Calais (CFA) en 2006/2007.
Nantes (1) : Boulogne (CFA) en 2004/2005.
Guingamp (1) : Bayonne (CFA) en 2003/2004.
Lyon (1) : Libourne Saint-Seurin (CFA) en 2002/2003.
Lille (1) : Libourne Saint-Seurin (CFA) en 2001/2002.
Sedan (1) : Fontenay Foot (CFA) en 2000/2001.
Montpellier (1) : Bourg-Péronnas (CFA) en 1997/1998.
Seules 12 équipes ayant évolué en L1 depuis 1997/1998 n’ont jamais été éliminées par un club de CFA ou CFA 2 alors qu’elles étaient en L1. Il s’agit essentiellement des équipes n’étant restées en première division que quelques saisons. Ainsi, parmi ces 12 rescapés, seuls Rennes et le PSG ont disputé les 11 saisons en L1 : Rennes fut éliminé à quatre reprises par des clubs de division inférieure (1 club de L2, 3 clubs de National) ; le PSG ne fut jamais éliminé par un club de division inférieure.
Istres (0) : 1 saison en L1 ; 5 saisons en L2 ; 5 saisons en National.
Châteauroux (0) : 1 saison en L1 ; 10 saisons en L2.
Cannes (0) : 1 saison en L1 ; 3 saisons en L2 ; 7 saisons en National.
Valenciennes (0) : 2 saisons en L1 ; 1 saison en L2 ; 6 saisons en National ; 2 saisons en CFA.
Caen (0) : 2 saisons en L1 ; 9 saisons en L2.
Le Mans (0) : 4 saisons en L1 ; 7 saisons en L2.
Ajaccio (0) : 4 saisons en L1 ; 6 saisons en L2 ; 1 saison en National.
Le Havre (0) : 4 saisons en L1 ; 7 saisons en L2.
Saint-Étienne (0) : 6 saisons en L1 ; 5 saisons en L2.
Nice (0) : 6 saisons en L1 ; 5 saisons en L2.
Rennes (0) : 11 saisons en L1.
Paris SG (0) : 11 saisons en L1.
Les équipes de L1 tombent souvent contre des « petits »
Pour être complet, intéressons-nous également aux éliminations des clubs de L1 par tout club de division inférieure, et non plus uniquement des équipes évoluant en CFA ou CFA 2. Nous avons ainsi étudié tous les résultats des clubs de L1 en coupe de France depuis Clermont-PSG, soit sur les onze dernières saisons (à partir de 1997/1998). Le constat est édifiant ! Cette fois, le champion de la catégorie s’appelle Monaco avec 7 éliminations par des clubs de divisions inférieures en 11 participations, dont une par Colmar (CFA 2). Mais les autres équipes de l’élite ne sont pas exemptes de reproches non plus :
Club | Par L2 ou moins | Par National ou moins | Par CFA ou moins | Saisons en L1 |
---|---|---|---|---|
Monaco | 7 | 2 | 1 | 11 |
Bordeaux | 6 | 4 | 3 | 11 |
Strasbourg | 6 | 4 | 3 | 9 |
Lens | 6 | 3 | 1 | 11 |
Auxerre | 6 | 2 | 2 | 11 |
Nice | 5 | 1 | 0 | 6 |
Rennes | 4 | 3 | 0 | 11 |
Bastia | 4 | 3 | 2 | 8 |
Toulouse | 4 | 3 | 2 | 8 |
Troyes | 4 | 2 | 2 | 6 |
Montpellier | 4 | 1 | 1 | 6 |
Lille | 4 | 1 | 1 | 8 |
Lyon | 4 | 1 | 1 | 11 |
Marseille | 4 | 1 | 1 | 11 |
Sochaux | 3 | 2 | 1 | 8 |
Nancy | 3 | 2 | 1 | 5 |
Sedan | 3 | 2 | 1 | 5 |
Le Havre | 3 | 1 | 0 | 4 |
Nantes | 3 | 1 | 1 | 10 |
Metz | 2 | 2 | 2 | 9 |
Lorient | 2 | 2 | 1 | 4 |
Guingamp | 2 | 2 | 1 | 5 |
Saint-Étienne | 2 | 1 | 0 | 7 |
Ajaccio | 2 | 1 | 0 | 4 |
Cannes | 1 | 0 | 0 | 1 |
Caen | 1 | 0 | 0 | 3 |
Châteauroux | 0 | 0 | 0 | 1 |
Istres | 0 | 0 | 0 | 1 |
Le Mans | 0 | 0 | 0 | 4 |
PSG | 0 | 0 | 0 | 11 |
Valenciennes | 0 | 0 | 0 | 3 |
Clermont vs Carquefou
Précédemment, nous mentionnions la défaite l’an dernier de l’OM face à Carquefou. Cet exemple est assez symptomatique du traitement médiatique du PSG : la saison dernière, le club de la région nantaise a éliminé deux équipes en forme de L1, Nancy (à l’époque 3e en L1) et l’OM (4e), entraînant une glorification méritée de cette équipe amateur plutôt que des critiques acerbes à l’encontre des équipe professionnelles qui ont échoué. En quarts de finale, le PSG a affronté Carquefou, et s’est imposé sur un score étriqué (0-1). Le matin du match, le Parisien et L’Équipe donnaient le ton en titrant à la une respectivement « la victoire ou le ridicule » et « soyez Carquefou ! ». L’AFP voyait les choses de la même manière : une dépêche titrée « Carquefou pour la sensation, PSG pour éviter l’humiliation » indiquait ainsi : « Le Paris SG […] joue ce qui reste encore de sa réputation contre la sensation de la coupe de France, Carquefou. […] C’est pourtant l’honneur du PSG qui est en jeu et une nouvelle désillusion contre une formation qui évolue dans l’équivalent de la 5e division ne ferait sans doute qu’achever définitivement les Parisiens. »
Après le match — qui s’est déroulé dans une ambiance détestable (jets de projectiles sur le terrain, insultes ininterrompues…) et pourtant citée en exemple [4] —, Jérôme Alonzo expliquera qu’il avait le sentiment de jouer « contre la France entière ».
Comme en attestent les commentaires en cours de match de Denis Balbir, le fait marquant de cette rencontre pour l’essentiel de la presse fut alors la piteuse prestation des Parisiens, qui se sont tout de même imposés sans paniquer — ce que d’autres n’ont pas su faire —, avec une équipe fortement rajeunie (six jeunes du centre de formation [5], Alonzo, Bourillon, Everton, Souza et Armand). Malgré leur piètre prestation, les joueurs de Carquefou ont ainsi bénéficié d’une notation bien plus généreuse que les jeunes Parisiens : avec 5,7 de moyenne dans L’Équipe et 5,6 sur Football 365, les Carquefoliens s’en tirent avec un point de moyenne de plus que les Parisiens (4,7 et 4,6). Et il est même probable — mais il ne s’agit là que d’une extrapolation — que ce qui sera retenu de ce parcours carquefolien d’ici quelques temps sera d’avoir su rivaliser avec les Parisiens, et non d’avoir éliminé Nancy et Marseille…
Pour rester factuel, et répondre aux questions initiales que nous nous étions posées en préambule : le PSG est de loin le club de L1 le plus performant face aux petits poucets — ce qui n’empêche pas les différents parcours parisiens d’être jonchés de victoires de prestige —, et d’autres clubs devraient être bien plus à même de se remettre en question vu leurs passifs dans la compétition…
Club | Par division inférieure | Au moins 2 divisions d’écart |
---|---|---|
Toulouse | 13 | 7 |
Cannes | 12 | 6 |
Gueugnon | 12 | 5 |
Nice | 12 | 1 |
Saint-Étienne | 11 | 7 |
Troyes | 10 | 7 |
Le Havre | 10 | 5 |
Strasbourg | 9 | 7 |
Angers | 9 | 5 |
Montpellier | 9 | 4 |
Nancy | 9 | 4 |
Lille | 9 | 3 |
Monaco | 9 | 3 |
Lyon | 9 | 2 |
Guingamp | 8 | 7 |
Lorient | 8 | 6 |
Bordeaux | 8 | 5 |
Nîmes | 8 | 4 |
Istres | 7 | 5 |
Sedan | 7 | 5 |
Châteauroux | 7 | 3 |
Lens | 7 | 3 |
Metz | 7 | 3 |
Rennes | 7 | 3 |
Auxerre | 7 | 2 |
Ajaccio | 6 | 5 |
Bastia | 6 | 4 |
Caen | 6 | 3 |
Sochaux | 6 | 2 |
Nantes | 5 | 3 |
Marseille | 4 | 1 |
Le Mans | 3 | 2 |
Valenciennes | 3 | 1 |
PSG | 1 | 1 |
Grenoble | 0 | 0 |
Club | Par L2 ou moins | Par National ou moins | Saisons en L1 |
---|---|---|---|
Monaco | 9 | 3 | 18 |
Lyon | 9 | 2 | 18 |
Strasbourg | 8 | 6 | 14 |
Bordeaux | 8 | 5 | 17 |
Nice | 8 | 1 | 10 |
Rennes | 7 | 3 | 16 |
Toulouse | 7 | 3 | 12 |
Auxerre | 7 | 2 | 18 |
Le Havre | 7 | 1 | 10 |
Lille | 7 | 1 | 15 |
Bastia | 6 | 4 | 11 |
Lens | 6 | 3 | 17 |
Metz | 6 | 3 | 16 |
Montpellier | 6 | 2 | 13 |
Nancy | 6 | 2 | 8 |
Nantes | 5 | 3 | 17 |
Saint-Étienne | 5 | 3 | 12 |
Troyes | 5 | 3 | 6 |
Sochaux | 5 | 2 | 13 |
Guingamp | 4 | 3 | 7 |
Caen | 4 | 1 | 8 |
Marseille | 4 | 1 | 16 |
Sedan | 3 | 2 | 5 |
Cannes | 3 | 1 | 7 |
Lorient | 2 | 2 | 4 |
Ajaccio | 2 | 1 | 4 |
Nîmes | 2 | 1 | 2 |
Gueugnon | 2 | 0 | 2 |
Angers | 1 | 1 | 1 |
PSG | 1 | 1 | 18 |
Châteauroux | 0 | 0 | 1 |
Grenoble | 0 | 0 | 0 |
Istres | 0 | 0 | 1 |
Le Mans | 0 | 0 | 4 |
Valenciennes | 0 | 0 | 3 |